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La radio numérique terrestre (DAB+) remplacera la FM

Le DAB (Digital Audio Broadcasting) est une norme de diffusion pour la radio numérique sur les ondes hertziennes terrestres. En résumé, il s’agit de l’équivalent numérique de la bande FM qui diffuse les ondes hertziennes en mode analogique.

En Belgique, la diffusion en DAB est expérimentée dès la fin des années 1990 par la RTBF et la VRT. Depuis novembre 2018, le DAB+ a été lancé à titre expérimental en Fédération Wallonie-Bruxelles pour l’ensemble des réseaux radiophoniques publics et privés. Le DAB+ est une évolution du DAB qui permet, entre autres, de diffuser plus de radios sur une même largeur de bande passante grâce à une compression plus efficace du signal audio.

La diffusion analogique via les fréquences FM devrait être progressivement remplacée par une diffusion en numérique via la nouvelle norme DAB+.

Le DAB + permet une écoute gratuite et sans abonnement (contrairement à la web radio qui nécessite un abonnement mensuel auprès d’un opérateur internet). Par contre, elle nécessite de s’équiper d’un poste récepteur adapté à cette technologie. De nombreux avantages sont mis en avant comme, par exemple, la qualité sonore, la multiplication des chaînes de radios (alors que la bande FM est saturée) et la possibilité de diffuser des contenus additionnels (texte, vidéo, image).

Fin décembre 2018, le Gouvernement de la Communauté française a adopté un appel d’offre pour l’attribution de fréquences radios destinées à la diffusion en mode analogique (càd en FM) mais aussi – et pour la première fois – en mode numérique (càd en DAB+).

La procédure de dépôts des offres s’est clôturée le samedi 16 mars 2019. C’est le Collège d’Autorisation et de Contrôle du CSA qui va désormais se prononcer sur ces demandes d’autorisations dans le courant du deuxième trimestre 2019. Les autorisations d’émettre seront octroyées pour une période de 9 ans.

Nous vous proposons un petit tour d’horizon de cette évolution dans notre paysage radiophonique avec deux membres des services du CSA, Nele Smets (Responsable de l’Unité Radios) et Xavier Jacques-Jourion (Conseiller infrastructures et nouvelles technologies) qui ont répondu à nos questions.

Pour quelle(s) raison(s) la RNT (radio numérique terrestre) a-t-elle été implantée plus tardivement que la TNT (télévision numérique terrestre) ? Pourquoi avoir opté pour le DAB+ ?

Pour la TNT, la Commission européenne a choisi une norme et imposé une date d’extinction de l’analogique hertzien à tous les Etats Membres alors que la recommandation de norme pour la radio n’est arrivée que récemment. L’extinction de la télévision numérique a été fortement encouragée pour permettre la mise à disposition de bandes de fréquence qui pouvaient être réutilisées à d’autres fins. Ce phénomène de dividende numérique ne se retrouve pas en radio, les bandes de fréquence concernées n’étant convoitées pour aucune autre utilisation. L’intérêt de la migration numérique de la radio réside d’abord dans la diversité de l’offre, le DAB+ permettant une augmentation de la capacité par rapport à la FM.

Le DAB+ a été choisi parce qu’il constitue une évolution technologique du DAB qui l’a précédé, et est le fruit d’un projet de recherche européen soutenu par le programme Eureka. L’objectif du projet était de créer un nouveau standard pour la radio numérique, qui puisse être adopté sur tout le continent.

Pouvez-vous nous expliquer le processus mis en place pour décider de cette transition en Belgique ?

Le constat de base est que la radio est le dernier média dont la diffusion n’est pas numérique et que l’évolution est nécessaire d’autant que le modèle broadcast garde tout son sens. Les premières initiatives remontent à la fin des années 1990 mais c’est surtout grâce à la volonté plus récente des radios publiques et privées, du législateur et du CSA que le processus de transition s’est accéléré.

C’est donc un processus qui a rassemblé des représentants de tous les acteurs concernés. Ce rassemblement est nécessaire afin d’assurer, de façon simultanée, d’une part, la mise à disposition d’une offre renouvelée et enrichie, et d’autre part, le renouvellement du parc de récepteurs.

Des craintes et/ou critiques ont été formulées par certaines radios associatives autour du DAB+ ? En quelques mots, quelles étaient ces critiques et quelles réponses ont pu y être apportées ?

Certaines radios associatives ont fait objection au choix du DAB+ pour des raisons de coûts, de perte de contrôle sur la chaine de diffusion, à cause de la nécessité de remplacer les récepteurs, de la taille des couvertures prévues pour les radios indépendantes, et enfin parce que le DAB est une technologie qui répond mieux aux besoins des radios en réseaux que des radios locales.

Certaines de ces objections sont parfaitement fondées, mais le choix d’un standard de diffusion est toujours une affaire de compromis : le choix d’un autre standard aurait eu d’autres avantages et d’autres inconvénients qui auraient impactés d’autres acteurs. La problématique du renouvellement du parc de récepteurs reste quant à elle la même pour tout changement de technologie, et l’avantage du DAB+ sur les autres standards est son adoption à l’échelle européenne.

Face à certaines habitudes d’écoute (la web radio notamment), un dispositif spécial a-t-il été mis en place pour inciter les auditeurs à écouter la radio via la technologie DAB+ ? Pourquoi est-il nécessaire de maintenir une offre analogique et ne pas avoir l’exemple norvégien qui a supprimé la diffusion radiophonique sur la bande FM et qui est totalement passé en DAB + en 2017 ?

Il faut laisser le temps aux auditeurs pour s’équiper et le secteur ne pourrait perdre du jour au lendemain une grande partie de son public étant donné que les revenus de nombreuses radios reposent sur la publicité. Le média radio subit effectivement une concurrence très forte de la part des web radios et autres offres disponibles en streaming, mais le broadcast reste souverain en écoute mobile et plus particulièrement dans les voitures. La diffusion en parallèle en FM et DAB+ permet une transition sans rupture en attendant le renouvellement du parc de récepteurs et à travers celui-ci la modification des habitudes d’écoute.

Quel est le coût de cette évolution technologique pour les radios ? Comment les radios associatives pourront-elles le prendre en charge ? Existe-t-il un système d’aides publiques ?

Le coût d’exploitation d’un réseau de diffusion numérique est normalement inférieur à celui d’un réseau équivalent en FM grâce à la mutualisation des frais entre les différents services présents sur ce réseau DAB+. Les coûts exacts dépendent de nombreux paramètres mais des aides publiques sont prévues pour financer les investissements et peut-être aussi amortir les coûts récurrents de diffusion pour la période d’émission simultanée en FM et DAB+.

Propos recueillis par Aurélie Ghalim